lundi 29 août 2011

Fred Deux


Fred Deux est né le 1er juillet 1924, à Boulogne-Billancourt. Il est issu d’une modeste famille ouvrière. De santé fragile, il s'intéresse très tôt au dessin.
Il travaille tôt en usine et intègre en 1943 un groupe de résistants FTP. Il terminera  la guerre en s’engageant dans les Goums marocains.
A partir de 1948, il travaille à la librairie Clary de Marseille et il découvre la littérature, les œuvres de Georges Bataille, Blaise Cendrars,  Louis Aragon, Henry Miller et Donatien Alphonse François de Sade.
Avec quelques lecteurs, il fonde le sous-groupe des surréalistes de Marseille. Il fait la connaissance d'André Breton et fréquente les surréalistes dont il s'écartera en 1954. A la même époque, il découvre l'œuvre de Paul Klee qui constitue pour lui une véritable révélation. Il commence alors, avec de la peinture laque pour bicyclette, à réaliser ses premières taches sur papier. Les œuvres de la première période (de 1949 à 1958), surnommées parfois les "kleepathologies" sont caractérisées par la prédominance de taches qui envahissent la surface du papier. De celles-ci émergent progressivement des figures tracées à l'encre de Chine. Parallèlement, il s'essaie à différentes techniques surréalistes : collages, empreintes, frottages.
 
Cécile Rems (son nom changera en Reims] est née le 19 octobre 1927, à Paris, Sa mère n'ayant pas survécu, elle est confiée à ses grands-parents maternels en Lituanie et passe son enfance au sein d'une famille nombreuse juive. Elle retourne à Paris en 1933 et s'intéresse au dessin.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Fred Deux rejoint le groupe de Résistance F.T.P. et Cécile Reims s'engage dans l'OJC (Organisation Juive de Combat). Après la guerre, Cécile Reims s'installe à Jérusalem, De retour à Paris, elle apprend la gravure au burin.
Fred Deux et Cécile vont se rencontrer à Paris, en 1951, à la librairie La Hune, boulevard Saint-Germain, et mus d’une passion commune pour Klee, ils se découvrent, s’aiment et produisent. Cinquante ans de vie consacrée à l’art et aux fantasmagories. Plomb et burin, du lourd pour un travail en dentelle, reflet d’un état d’esprit (parfois proche du mystique) et des préoccupations d’une époque, portées par deux esprits libres, voguant entre amour et politique.
Deux œuvres prolifiques et entremêlées, viscérales, proches en un sens de celle de HR Giger. Chez Fred et Cécile, l’impulsion est un cœur qui bat, au rythme des récurrences de thématiques organiques (vagins, foie, sperme…), ésotériques (limbes, mythologie…), des formes oblongues ou carrées, des membranes désarticulées, étirées, sur lesquelles se jettent parfois de la couleur, caresse diluée ou frappant le papier en un assaut saccadé.
 Fred l'initiateur, Cécile la créatrice. Des titres comme "Culs" en 1970, "Otages" en 1964-1965, "Herbier charnel" en 2003 ou encore "Locus Solus" en 1986-1987 vous amèneront à quelques unes des plus belles pièces de ces deux compagnons de route, qui se sont nourris tout le long avec avidité d'esprit surréaliste et d'air primitif. Des toiles sous forme de manifeste empli d’humanité, un pamphlet pour le plaisir, une farouche détermination contestataire sous une fragilité trompeuse. 
En 1953, la librairie-galerie « Le Fanal » présente la première exposition personnelle de Fred.
En 1957, alité, Fred Deux tape  son roman La Gana qu'il publie en 1958 sous le pseudonyme de Jean Douassot. Ce roman est le premier d'une longue série d'écrits largement autobiographiques, dont le dernier manuscrit Entrée de secours, constitue le prolongement et la fin de Continuum, publié en 1999. Cécile Reims grave Les métamorphoses d'après le texte d'Ovide et va tisser des étoffes pour la haute couture.
 En 1959, ils s'installent près de Corcelles, dans l'Ain.
En 1961, elle écrit son premier roman autobiographique L'épure.
Ils habiteront successivement Lacoux, dans l'Ain [1959-1973], Le Couzat [1973-1985) dans le Berry, et résident depuis 1985 à La-Châtre-en-Berry.
 
En 1962 il entame, à l'aide d'un magnétophone, l'enregistrement des Otages, récit de sa vie. Se sentant "otage de lui-même, otage des autres", il dessine d'un crayon acéré des formes incertaines appartenant au monde des limbes, prolifération de cellules qui se désagrègent sur un fond d'aquarelle frotté à la cire.
Plus tard, il réalise au crayon sur papier Japon nacré des dessins qui relèvent de l'organique et du viscéral, ossements, nodules, spirales tubulaires qui préludent au cycle des Spermes Noirs et des Spermes Colorés où le "corps intérieur" devient éclaboussure.
Dès 1966, il se met à prendre des notes sur la feuille avec laquelle il protège le dessin en cours, comme pour répondre à l’« appel du papier ».
Ce texte, qui va accompagner presque systématiquement le dessin, n'est jamais un simple commentaire, mais plutôt un discours parallèle à l'œuvre graphique.
Cette coexistence de l'écriture et du dessin trouve, à partir de 1977, sa forme la plus achevée dans les "Livres uniques" (La Malemort, 1980).
Au début des années 80, Fred Deux réalise au crayon de grands Autoportraits, des Passions, qui le conduiront, à partir de 1982, à des dessins de grand format peuplés d'êtres fantasmagoriques, figures du double, figures des autres (Processions des existants, les Milç, les Remz, l'Alter ego).
Les œuvres graphiques développent une cartographie figurative d'une "êtreté" hybride, inquiétante et latente : tout à la fois pétrifiée et proliférante, mémoriale et inédite, c'est une figuration magique, mythographique, et à l'intégrité menaçante et menacée, véritablement fantomale.
Figuration hallucinatoire que l'on pourrait peut-être rattacher au dernier surréalisme.
Après un retour progressif à l'aquarelle au cours des années 90, la couleur, larges "taches" de peinture ou de laque, s'impose dans les toutes dernières œuvres.
Ils ont, depuis cinquante ans, produit un immense corpus : écrits, livres uniques, peintures, dessins, encres de Chine, aquarelles pour Fred Deux ; écrits, tissages, gravures personnelles, d'après Hans Bellmer et Fred Deux.
En 2008, ils font l'objet d'une rétrospective, intitulée « La ligne de partage », à la Halle Saint-Pierre, à Paris. Des galeries (Daniel Cordier, Alphonse Chave, Jeanne Bucher), le Centre national d’art contemporain, l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris, le Musée Cantini à Marseille, le Musée de l’Hospice Saint Roch à Issoudun, le musée Bochum en Allemagne, le cabinet d’arts graphiques du Centre George Pompidou et la Halle Saint-Pierre ont notamment exposé les œuvres de Fred Deux. 
Celles-ci se trouvent en permanence à la Galerie Alain Margaron.
L'œuvre de Fred Deux répond à une quête constante de désencombrement. Durant sa première jeunesse, il se heurte au "mur" de la cave. La rencontre avec l'art ouvre la "brèche" et découvre la dimension poétique au cœur même de ce qui n'était que réalité sordide.
Dès lors, à travers une narration parlée, écrite ou dessinée, il n'aura de cesse de se libérer au fil du temps de cet enfermement initial.
C'est parce que son œuvre tout comme sa vie sont entièrement traversées par un "désir de s'illimiter" que la figure du double y apparaît comme un élément essentiel. Comme si toutes les "nouvelles marches" que Fred Deux entreprend n'étaient que des tentatives sans cesse renouvelées, de s'approcher, sans jamais pouvoir l'atteindre, de cet autre "alter ego" qui est en lui-même.
Empreintes
sans titre - Lithographie

                                                                                      
A visiter : vidéo et entretien : :

http://www.artpointfrance.info/article-24515645.html 
http://rillon.blog.lemonde.fr/2008/11/09/fred-deux-a-la-halle-saint-pierre/ 
http://artup-tv.com/2-article-fred-deux.html 
http://lml.info.pagesperso-orange.fr/Le%2022/entretien%20Fred%20Deux.htm 
http://assoseptiemesens.free.fr/vlo/vlo.html 
http://www.arcane-17.com/pages/surrealisme-sonore/fred-deux.html 
http://www.moreeuw.com/histoire-art/fred-deux.htm 
http://galerieamargaron.com/artistes/fred-deux-2/ 


mercredi 24 août 2011

Hannah Hoch



Hannah Hoch (née Hanna) est née le 1er novembre 1889 à Gotha et a grandi en Allemagne. Elle était l’aînée d'une famille de cinq enfants dans un milieu provincial et bourgeois. Son père est directeur d'une compagnie d'assurances, sa mère est peintre amateur. Obligée à quinze ans de quitter le lycée pour s'occuper de sa sœur cadette, elle ne reprend ses études que six ans plus tard en 1912, à l’âge de 22 ans, en s'inscrivant à l'université de Berlin puis à l'école d'Arts appliqués de Berlin où elle s'initie au dessin sur verre, à la calligraphie et à la broderie.
La Première Guerre Mondiale interrompt sa formation intellectuelle et picturale et en 1914 elle rentre à Gotha où elle  travaille pour la Croix Rouge
À partir de 1916, soutenue par sa famille, elle travaille à la fois pour un éditeur de journaux berlinois et pour le département de l'artisanat où elle dessine des motifs de tricot, de crochet et de broderie pour des magazines spécialisés. 
 C’est en 1919 que, brusquement, le peintre abandonna toute recherche artistique pour s’adonner à l’aventure dada.
Elle retourne à Berlin et s'inscrit au cours d’Emil Orlik, artiste du Jugendstil. Elle rencontre Raoul Hausmann (fondateur avec Huelsenbeck et les frères Herzfelde de la tendance dadaïste berlinoise)  avec qui elle s'installe, Kurt Schwitters lui suggère d'ajouter un "h" à la fin de son prénom pour la beauté du palindrome et Johannes Baader  la surnomme « Die Dadasophe » puisqu'elle est la compagne du "Der Dadasophe Hausmann".
Avec lui, elle expérimente le photomontage et le découpage/collage d'images à partir de cartes postales que les soldats envoient du front à leur famille.


Hannah Höch participa aux activités du groupe en collaborant à la revue Der Dada ainsi qu’à la publication Schall und Rauch
En 1920, lorsque le dadaïsme de Berlin était en plein essor, Hannah Höch fut la seule femme à participer activement à ces manifestations: percussionniste de couvercle en fer-blanc dans l'« Antisymphonie » donnée par Jefim Golyscheff, elle y  présenta également une série de reliefs et de poupées. Mais son univers tout particulier s’exprima surtout dans les collages. Elle voyagea avec Kurt Schwitters dans l’Europe entière pour diffuser les idées du mouvement. Hannah Höch fera partie aussi du Novembergruppe, jusqu’en 1931, année où les activités de ce mouvement s’interrompirent.




Au sein du dadaïsme allemand, l’œuvre de Hannah Höch occupe une place particulière. Ses collages appartiennent en effet à deux catégories distinctes. Une première, la moins importante, de tendance politique, voisine avec les expériences de Helmut Herzfelde (appelé aussi John Heartfield) et de Raoul Hausmann. La seconde est à la fois plus documentaire et plus onirique. Le peintre exécute de grands collages avec des photos d’autres dadaïstes, où se trouvent ainsi réunis tous les membres du groupe berlinois. L'une de ses préoccupations est la représentation de la "femme nouvelle", son identification sociale et personnelle dans la République de Weimar, et la dénonciation de la vision machiste et misogyne qui perdure dans la presse populaire. Elle fait de cette pratique un instrument de critique sociale et politique.



 
Malgré sa condition de femme éduquée bourgeoisement, Hannah Höch a su dépasser ses aptitudes aux « ouvrages de dame » conjuguées à son goût pour les arts décoratifs, dans des buts satiriques et politiques. Recyclant des motifs de tissus, des morceaux de linoléum colorés, des patrons de couture, de chutes de dentelles, elle conçoit des compositions abstraites d'une grande finesse : « Astronomie » ou « Lune Dorée » et d'un humour assuré : « L'Esquisse pour un monument d'une importante chemise à dentelle ».
Pour ses contemporains qui n'ont pas su voir au-delà du matériau utilisé, Hannah Höch ne faisait que des œuvres intimes typiquement féminines. Rare sont ceux qui ont compris la portée de la parodie et du détournement de la masculinité à coller de la dentelle sur des images de responsables politiques de la République de Weimar.


L’œuvre, un collage, intitulée Coupe faite avec un couteau de cuisine en 1919, est particulièrement significative de la démarche de l’artiste. Il s’agit d’une vaste surface (114 cm X 90 cm) où se trouvent disposés divers éléments photographiques issus de l’environnement urbain : gratte-ciel, maisons, foules, ou de la technologie : rouages, machines, outils, ainsi que des portraits d’hommes politiques et d’artistes. La mise en page de l’œuvre est très soignée, et les différentes parties, tout en s’échelonnant librement, se trouvent reliées par des relais plastiques et structuraux. D’autres travaux semblent plus orientés vers l’exploration onirique. 



Dans Danse, photomontage de 1919, dans La Mère collage de 1930  ou dans Les Poissons lunaires collage de 1956, les figures grotesques donnent une impression de dépaysement, et la juxtaposition d’éléments disparates rappelle certaines œuvres contemporaines de Max Ernst. Hannah Höch exécuta des collages plus " intimistes ", où elle semble bâtir une patiente autobiographie. Meine Haussprüche collage de 1922 et Schneiderblume collage de 1920 font partie de ces travaux extrêmement rigoureux et raffinés. 
Lorsque Dada prend fin, elle se rapproche du mouvement De Stijl aux Pays-Bas.
En 1926, elle s'installe à La Haye où elle partage sa vie avec l'écrivaine Til Brugman.
Elle meurt le 31 mai 1978 à Berlin.



 
L’œuvre de Hannah Höch, qui est à mi-chemin entre le dépaysement surréaliste et la violence destructive de Dada, est une des plus " constructives " du mouvement allemand. Elle témoigne de l’extraordinaire variété de solutions plastiques que le mouvement dada a inspirée.
« Je suis restée fidèle au photomontage et au collage. Jusqu'à ce jour, j'ai tenté d'exprimer, avec ces techniques, mes pensées, mes critiques, mes sarcasmes mais aussi le malheur et la beauté.»
De manière plus évidente, et donc plus lisible, que ses "collages en dentelle", les photomontages d'Hannah Höch expriment une volonté profondément moderne de rétablir le rapport homme/femme sur un mode égalitaire. Forte de ses convictions féministes et politiques, ridiculisant la morale bourgeoise et la traditionnelle division des sexes, Hannah Höch veut voir dans la "nouvelle femme" un instrument de libération et la source de renouvellement de la société.


Charles SALA (professeur d'histoire de l'art, Université de Paris-X Nanterre). « Hannah HÖCH », Encyclopaedia
Universalis
Address book of Hannah Höch, 1917-1978.
Cat in garden (Katze im Garten) ,1959
1975 -by Stefan Moses
Hannah Höch, Etrange beauté II, 1966, photomontage, Institut pour les relations étrangères à Stuttgart.


Hannah Höch et ses poupées, 1920, collection Galerie 1900-2000, Paris

Autoportrait, 1930.
Fridenfürst, 1919


jeudi 18 août 2011

Hélène Smith


Extrait du catalogue « Art spirite, médiumnique, visionnaire, messages d’outre-monde » aux éditions Hoëbeke (exposition de la Halle Saint Pierre du 13 septembre 1999 au 27 février 2000)
« Au mois de décembre 1894, je fus invité par Auguste Lemaître, professeur au collège de Genève, à assister chez lui à quelques séances d’un médium non professionnel et non payé, dont on m’avait vanté de divers côtés les dons extraordinaires et les facultés apparemment supranormales.
… Le médium en question, que j’appellerai Melle Hélène Smith, était une grande et belle personne d’une trentaine d’années, au teint naturel, à la chevelure et aux yeux presque noirs, dont le visage intelligent et ouvert, le regard profond, mais nullement extatique, éveillaient immédiatement la sympathie. Rien de l’aspect émacié ou tragique qu’on prête volontiers aux sibylles antiques, mais un air de santé, de robustesse physique et mentale faisant plaisir à voir et qui n’est point d’ailleurs un fait très rare chez les bons médiums. » (Théodore Flournoy : psychologue suisse il étudie les états de transe d’Hélène et écrit sur le sujet un livre intitulé Des Indes à la planète Mars. Flournoy y affirme que les esprits sont à chercher dans le subconscient du médium.) 
De son vrai nom Catherine-Elise Müller, Hélène Smith est née à Genève en 1861. Enfant rêveuse, émotive et solitaire, elle est sujette à des hallucinations et à des peurs irraisonnées.
A trente ans, suite à la lecture du livre de Léon Denis « Après la mort », elle assiste à des séances de spiritisme au cours desquelles elle présente des qualités médiumniques hors du commun. En état de somnambulisme induit par elle-même, Hélène communique son vécu par la voix de son guide spirituel, qui décrit ses aventures à l’assistance. Cet esprit à pour nom Léopold et se révèle plus tard être Cagliostro. Autoritaire et protecteur, il agit vis à vis du médium comme un directeur de conscience, et (ainsi que l’écrit Flournoy) comme un régisseur caché dans la coulisse et qui surveille le bon déroulement du spectacle. Sous son influence, Hélène se met à développer trois cycles romanesques ou romans somnambuliques, d’une inventivité débridée. Ce sont le roman hindou, le roman royal et le roman martien.
Dans le cycle hindou, Hélène revit une réincarnation où elle est la fille d’un cheik arabe puis, sous le nom de Simandini, l’épouse d’un prince hindou, Sivrouka, Régnant sur le Kanara et qui aurait construit la forteresse de Tchandraguiri. Elle parle le sanscrit.
Paysage ultra-martien
Dans le cycle royal, Hélène est réincarnée sous les traits de Marie-Antoinette, amoureuse de Joseph Balsamo.
Dans le cycle Martien, elle est en communication avec la planète Mars, dont elle décrit les paysages et surtout parle et écrit la langue. Puis elle s’envole vers Ultra-Mars, où l’écriture, d’alphabétique en Mars, devient Idéographie. Suivent ensuite un cycle uranien et plusieurs cycles lunaires.
A partir de 1895, Hélène est suivie régulièrement par le docteur Théodore Flournoy, chez qui elle anime pendant plus de quatre ans des séances de spiritisme qui lui sont entièrement consacrées…
… Mais le ton prudent et sceptique sur la nature de la médiumnité d’Hélène dans l’ouvrage qu’il lui consacra déplut fort à Hélène Smith. Il s’en suivit une brouille entre le médium et son biographe, (Hélène se sentant incomprise).
A trente-cinq ans, en 1896, Hélène Smith commence à peindre ses hallucinations : des paysages, des architectures, des personnages et des animaux de la planète Mars, dans un style figuratif, d’allure à la fois gauche et géométrisante.
En 1900, elle reçoit de l’argent d’une riche Américaine amatrice de spiritisme et obtient ainsi l’indépendance et la sécurité matérielle. Elle abandonne alors son métier d’employée de commerce, qu’elle exerçait depuis vingt ans, et se rend aux spirites qui affluent chez elle depuis le livre de Flournoy.
A partir de 1901, après avoir essayé d’apprendre l’anglais, puisque sa bienfaitrice était américaine, elle prend des cours de peinture. Suivent à partir de 1904, des dessins et des tableaux religieux assez naïfs, sans beaucoup d’originalité, notamment des portraits du Christ et de la Vierge. Elle les exécute en dormant, par courtes siestes d’un quart d’heure, au moyen de pinceaux et d’une spatule en fer qu’elle remplace progressivement par l’auriculaire.
Il ne s’agit point là de délire mystique, Hélène attachant de l’importance au phénomène même de ses somnambulismes et non à une éventuelle réalité de leur contenu…
Catherine-Élise Müller dite Hélène Smith est morte le 10 juin 1929 à Genève.
Pour les historiens d'aujourd'hui, l'aventure d'Hélène Smith constitue un témoignage extrêmement précieux sur la constitution, autour de 1900, d'une science hors des sillons freudiens, laquelle, penchée sur le sublime des profondeurs du subconscient, pourrait s'intituler « subliminologie »
Les surréalistes qui s’intéressent beaucoup aux choses du domaine mystique et psychologiques prennent alors le pseudonyme “Hélène Smith” pour une de leurs cartes de jeu. Celle-ci fait partie des cartes “serrures” qui représentent la connaissance. Elle est la “sirène” soit la “reine”. On peut alors insinuer que cette carte représente une sorte de déesse de la connaissance « surnaturelle ».
A visiter : http://theadamantine.free.fr/smith1.html

http://jeucartesurrealiste.over-blog.com/article-helene-smith-figure-du-jeu-68201819.html


Intérieur ultra-martien, dessin d'Hélène Smith 


Premier texte en martien (séance du 22 août 1897)
Cette langue, qu'Hélène Smith (1861-1929), dénommait "martienne", va de gauche à droite, comporte 21 signes et n'a ni accent, ni ponctuation. Les lettres placées au début d'un nom propre se voit attribuer un point au dessus, tandis que les consommes doubles ont un point simple, à droite.



samedi 13 août 2011

Le coeur de l'oeil noir

battu en neige
jusqu'au plomb de l'être
Cadavre exquis réalisé avec la participation de Zaz Zetoun Mind





vendredi 12 août 2011

Jan Frans De Boever


Le peintre Jean François De Boever naquit à Gand, en Belgique, le 8 juin 1872. Peintre symboliste belge classique, fortement influencé par la poésie et la littérature des 16ème et 17ème siècle.
 Il suivit les cours à l'Académie Royale des Beaux-Arts de sa ville natale sous la direction de Louis de La Tytgadt dont il épousera plus tard la nièce.  Il fut introduit par celui-ci dans les milieux de la haute bourgeoisie et de la noblesse, et devint vite un portraitiste respecté et une valeur sûre aux Salons officiels de Gand, Anvers, Bruxelles et Liège.
 Dès qu'il eût trouvé son propre style, c'est-à-dire un genre de symbolisme particulier adhérent au décadentisme, il refusa toute évolution. Littérature, musique et mythologie seront les sources de son inspiration artistique. Il se considérait comme l'un des meilleurs peintres jamais connus dans son pays. Son caractère mégalomaniaque fait de lui un artiste solitaire et isolé, dont les travaux furent reconnus, ces dernières décennies, aux Etats-Unis, où l'artiste fut très apprécié.
 
Soudainement, en 1909, il modifia complètement son style. Il commença à peindre des femmes nues,  lascives, représentées comme des servantes ou des esclaves du diable. Ses tableaux seront submergés de squelettes et d'érotisme sans borne.
La plupart des peintures de Jan Frans De Boever sont des sujets littéraires, allégoriques ou mythologiques qui reflètent l’imagerie romantique, dépeignent la lutte constante universelle du bien contre le mal. Beaucoup de ces sujets sont illustrés symboliquement avec femmes, squelettes, démons ou gargouilles.
Il tirait une grande fierté de la construction de ses propres cadres et de nombreuses peintures ont été conservées dans leur cadre d’origine pour les expositions. Certains ont les étiquettes originales de son phrasé poétique  décrivant l’imagerie symbolique de la peinture.
En 1914, il commença, à la demande du fils de son mécène Speltinckx, l'illustration du recueil de poésies «Les Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire. Ce n’est qu’en  1924 seulement que la série de 157 gouaches sera complète ; 86 de ces gouaches ont été retrouvées. On les considère parfois comme ses chefs-d'œuvre.
Son art semblait destiné au succès jusqu'en 1935, lorsque l'effet de la crise financière finit par toucher sa clientèle. Il baissa fortement le prix de ses tableaux, mais en vain. Pourtant ceci ne l'empêche pas de continuer à peindre à sa façon et dans le même genre, jusqu'à son décès le 23 mai 1949.



Jan Frans De Boever - Death and the Maiden from Miguel Angel on Vimeo.