dimanche 21 juillet 2013

Wifredo Lam







Wifredo Óscar de la Concepción Lam y Castilla, dit Wifredo Lam, est né à Sagua la Grande à Cuba le 8 décembre 1902.
Peintre cubain, initiateur d’une peinture métissée alliant modernisme occidental et symboles africains et caribéens créant ainsi un langage singulier et contemporain. Proche de Picasso et des surréalistes qui le reconnaissent comme l’un des leurs, il côtoiera également les Imaginistes, Phases et CoBra.
« Lam, c’est aussi l’âme de ce temps dans son combat pour la justice, pour la libération des réalités longtemps opprimée».  Lam poursuit le même combat que le poète martiniquais Aimé Césaire, « peindre le drame de son pays, la cause et l’esprit des Noirs ». Il a inventé un langage propre, unique et original, pour « défendre la dignité de la vie».







Wilfredo Oscar de la Concepción Lam y Castilla est né en 1902, année de la proclamation de la république, après plus de trois siècles de domination espagnole. Le « l » de son prénom ayant disparu quelques années plus tard à la suite d’une erreur administrative, il adopte complètement ce nouveau prénom de Wifredo.




Chant dans la forêt ,1968






Wifredo est le huitième et dernier enfant d'un couple aux origines fort différentes et d'une grande différence d'âge. Sa mère, Ana Serafina Castilla, née en 1862, est une mulâtresse descendant d’Espagnols et de Noirs du Congo déportés. Son père, Enrique Lam Yam, né vers 1818, est un Chinois originaire de la région de Canton qui a émigré vers les Amériques. Il s'installe en 1860 à San Francisco puis, dix ans plus tard, migre une première fois vers Cuba avant de rejoindre de Mexique en 1880. 











Il s'installe définitivement à Cuba, dans la ville de Sagua la Grande où il tient commerce et, homme lettré connaissant de nombreux dialectes cantonnais, exerce la profession d'écrivain public pour les émigrants chinois. Ce dernier meurt en 1926, à l’âge de cent huit ans. Son épouse lui survit jusqu'en1944.
Sagua la Grande est une petite ville sur la côte nord, centre sucrier de la Province de Las Villas. 







harpe astrale



C’est là qu’il passe son enfance, dans un environnement mêlant plusieurs civilisations et croyances : le catholicisme cubain auquel appartient sa mère qui le fait baptiser lorsqu'il a 5 ans,  le culte des ancêtres pratiqué par son père chinois et les traditions africaines, liées à la santeria, que lui apprend sa marraine, Antonica Wilson, dite Mantonica, une prêtresse très renommée de ce rite. Il apprend auprès d’elle les rudiments du culte et de ses mystères, sans jamais être initié. Elle lui ouvre un monde peuplé d’esprits et d’invisibles.

















Lam fréquente une école publique dans un quartier populaire de sa ville natale et c'est dès l’âge de sept ans que naît sa vocation d’artiste et qu’il se passionne pour le dessin. Il s’intéresse très tôt aux œuvres de Léonard de Vinci, Diego Velasquez et Francisco Goya mais aussi de Paul Gauguin ou Eugène Delacroix.






horizons chauds vers 1968






En 1916, Wilfredo et une partie de la famille s'installent à La Havane tandis que son père, déjà très âgé, reste à la campagne. Wilfredo s'exerce au dessin et à la peinture dans les jardins botaniques de la ville. Il abandonne des études de droit pour suivre une formation artistique et devenir portraitiste. 






la confidence 1947



De 1918 à 1923, Lam est inscrit à l’Escuela Profesional de Peinture de San Alejandro. Il est l’élève des peintres Leopoldo Romanach et Armando G. Menocal. C'est à l'âge de 21 ans qu'il prend la nationalité cubaine, étant jusqu'alors chinois par sa filiation, expliquant par après qu'il s'est toujours senti avant tout cubain malgré son sang chinois.







la jungle 1942, 44




De 1924 à 1926, à Madrid, il rejoint la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando. Les cours sont donnés par le directeur du Prado, portraitiste et professeur, qui ne jure que par la tradition, Fernando Alvarez de Sotomayor qui avait été le maître de Salvator Dali.
À partir de 1925, à Madrid, pour échapper à l’enseignement réactionnaire de San Fernando, il fréquente l’Escuela Libre de Paisaje fondée par Julio Moisés, avec l’aide de peintres anticonformistes Benjamin Palencia, Francisco Bores, José Moreno Villa et Salvator Dali.









Lam vit en Espagne de 1923 à 1938. Il demeure le plus souvent à Madrid, avec quelques séjours à Cuenca, León puis à Barcelone. C’est pour le peintre une longue période d’apprentissage et de recherches. Malgré un enseignement classique, l’Ancien Monde jouera bien le rôle de révélateur. D’abord par le biais des maîtres anciens. Au musée du Prado, il est attiré par tous ceux qui dénoncent les tyrannies : Francisco Goya, Pieter Brueghel, Albrech Dürer, Jérôme Bosch… Il se sent proche de ces artistes révoltés et contestataires. 














Il s’intéresse aussi bien aux origines de l’art, préhistoire, archaïsme, de l’Occident ou de l’Afrique, qu’aux peintures de Paul Cézanne, d’Henri Matisse, et surtout de Pablo Picasso qu’il a découvert en 1929. C’est une révélation. Dorénavant Lam souhaite faire une peinture qui soit aussi « une proposition générale démocratique […] pour tous les hommes ». L’Espagne est aussi pour Lam une terre d’expériences tragiques. Aux douleurs personnelles (la perte d’une épouse et d’un fils en 1931) s’ajoutent les drames de l’Histoire (la montée du fascisme et la guerre civile). Il s’engage auprès des Républicains dès le 18 juillet 1936, participe à la défense de Madrid, puis travaille dans une usine d’armement. Peu avant son départ, il rencontre celle qui deviendra sa seconde épouse, Helena Holzer.







Les trois oranges
Lam quitte l’Espagne en mai 1938 pour Paris où il s’installe jusqu’en juin 1940. Ce séjour est d’une importance capitale. Il est accueilli par Pablo Picasso qui sera pour lui un « incitateur à la liberté ». L’Espagnol lui présente Henri Matisse, Fernand Léger, Georges Braque, Joan  Miró, André  Breton, Michel Leiris, Paul Eluard, Tristan Tzara, Christian Zervos…, les marchands d’art Daniel- Henry Kahnweiler, Pierre Loeb … Par l’entremise d’André Breton, il fait la connaissance de Pierre Mabille, des surréalistes, Benjamin Péret, Victor Brauner, Jacques Hérold, Óscar  Dominguez, André Masson, Yves Tanguy, Roberto Matta, Wolfgang Paalen, Hans Bellmer…
Il peint beaucoup et, dans cette vaste expérimentation stylistique, il reçoit l’approbation de Pablo Picasso qui lui dit : « Je ne me suis jamais trompé sur toi. Tu es un peintre. C’est pour cela que j’ai dit la première fois que nous nous sommes vus que tu me rappelais quelqu’un : moi ». Cette affirmation artistique est aussi couronnée par deux expositions qui se déroulent à Paris et à New York en 1939.

Personnages 1976



Après la défaite de la France en juin 1940, il quitte Paris et rejoint Marseille, en octobre, où sont réfugiés des intellectuels et des artistes hostiles au nazisme dont quelques surréalistes regroupés autour d’André Breton. « J’ai eu des contacts très profonds avec les surréalistes […] j’étais impressionné par le côté poétique… un grand combat pour la création… » En février 1941, l’Emergency Rescue Commitee que dirigent Varian Fry et Daniel Benedite, leur permet de quitter la France. Avec une première escale à la Martinique (avril-mai 1941) : à Fort-de-France, grâce à André Breton, ils découvrent la revue Tropiques et rencontrent ses fondateurs Suzanne Césaire et Aimé Césaire.




Aimé Césaire, Wifredo Lam, 1968





Entre le peintre cubain et le jeune poète martiniquais, c’est le début d’une grande amitié. Lam se sent proche du combat mené contre l’injustice et le despotisme colonial par Césaire, Senghor et Damas …








Lam accoste Cuba en août 1941. Il se sent dépaysé dans son propre pays : « ce que je voyais à mon retour ressemblait à l’enfer ». Il est révolté par la misère des Noirs sous le régime de Batista. « Tout le drame colonial de ma jeunesse revivait en moi ». Ce sera le déclic. Ses toiles deviennent des armes qui dénoncent et contestent. « Alors j’ai commencé à fabriquer des tableaux dans la direction africaine », en puisant dans le monde magique de son enfance, en s’inspirant des cérémonies de la santería ou des rites abakuas, qu’il apprend auprès de spécialistes ou de connaisseurs, entre autres l’ethnologue Lydia Cabrera. Mais Lam reste un athée. Il peint le drame de son pays en faisant revivre les mythologies d’une population brimée et asservie. Inspiré et bien entouré, Wifredo travaille avec acharnement. Si La Jungle exposée en 1944  à New York fait scandale, elle est achetée par le MoMa (Museum of Modern Art) dès 1945. Lam peint désormais dans une liberté absolue.

La fin de la guerre est synonyme de voyages, de rencontres, de nouvelles découvertes. Et son œuvre est l’objet d’une reconnaissance internationale. Rayonnant depuis Cuba, il se rend en Haïti dès la fin 1945, en France et à New York entre 1946 et 1948 ou – après le coup d’état de Batista le 10 mai 1952 qui réinstalle la dictature dans l’île - depuis Paris, en Suède en 1955, au Venezuela entre1955, 1956 et 1957, au Mato Grosso en 1956, au Mexique en 1957, à Cuba en 1958, à Chicago entre1958 et 1960. Sans jamais cesser  de créer. Là des toiles monumentales, totémiques ou mythiques, voire ésotériques, là des muraux en céramique, là des gravures… C’est le temps des premières monographies sur son œuvre et, tandis que les expositions s’enchaînent, que les mouvements artistiques se multiplient qui retiennent son attention (CoBra, Phases, Imaginisterna, Bauhaus imaginaire, Internationale situationniste…), il fait des rencontres décisives : John Cage, Arshile Gorky, René Char, Asger Zorn, Carlos Franqui, Alain Jouffroy Gherasim Luca, , Carlos Raul Villanueva, Alexander Calder … et Lou Laurin, jeune artiste suédoise, qu’il épouse en 1960… Cuba, après la révolution castriste, lui réserve un accueil triomphal en 1963. Lam y fait de fréquents séjours. En 1966, il peint pour le palais présidentiel le tableau, Le Tiers monde.


À partir de 1957, Lam se rend régulièrement en Italie et séjourne à Albissola, petite ville balnéaire de la côte ligure. Il y retrouve de nombreux artistes : Asger Jorn, Enrico Baj, Lucio Fontana, Karel Appel, Guillaume Corneille, Roberto Matta, Tullio Mazzotti, Piero Manzoni, Dangelo, Edouard Jaguer, Roberto Crippa, Guy Debord, Fabbri… Séduit par ce milieu libre et amical, favorable à la création et à l’émulation artistique, il décide d’y passer plusieurs mois par an. À partir des années 1960, ce sera le point d’ancrage du peintre pour les vingt prochaines années. Jorn tente plusieurs fois de l’initier à la céramique. Il n’y prendra plaisir qu’en 1975. C’est dans l’atelier San Giorgio qu’il se passionne pour cette technique et cette nouvelle « liberté créatrice ».
Lam qui expose beaucoup à travers le monde, est également invité aux principales manifestations d’art contemporain de son époque : Dokumenta II et III de Kassel (1959 et 1964) ; Biennale de Venise (1972). À Paris, il est fidèle au Salon de mai de 1954 à 1982. Lam organise le transfert du Salon de mai de 1967 à Cuba où est réalisé Cuba Colectiva, une œuvre exécutée par tous les artistes invités et leurs homologues cubains.
À partir des années 1960, Lam produit aussi beaucoup de gravures. Une grande partie de son travail est destiné à illustrer des albums de poètes, parmi ses plus proches amis : Aimé Césaire, André Breton, René Char, Edouard Glissant, Alain Jouffroy, Michel Leiris, Gherasim Lucas,  André Pieyre de Mandiargues, Magloire Saint-Aude, Tristan Tzara…
Lam travaille dans l’atelier milanais de Giorgio Upiglio, en août 1978, lorsqu’il est terrassé par une attaque cérébrale. Il en sort à moitié paralysé et cloué dans un fauteuil roulant. Ce qui ne l’empêche pas de créer, principalement des dessins gravures, céramiques ou sculptures, mais développe en lui la nostalgie du pays natal. Dès lors, il partage ces années entre Cuba et Albissola. Il meurt à Paris le 11 septembre 1982. Des funérailles nationales sont organisées le 8 décembre à La Havane.

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Wifredo_Lam

A visiter:
http://www.wifredolam.net/
http://helenablue.hautetfort.com/archive/2010/05/07/wifredo-lam.html
http://agoras.typepad.fr/regard_eloigne/2011/03/il-a-le-droit-luiil-est-negre-loeuvre-metisse-de-wifredo-lam5.html
http://www.paperblog.fr/4327663/il-a-le-droitluiil-est-negrel-oeuvre-metisse-de-wifredo-lam6/
http://www.arcane-17.com/pages/dvd/wifredo-lam-1902-1982.html
http://www.moreeuw.com/histoire-art/biographie-wifredo-lam.htm




Extrait de « Wifredo Lam » aux éditions « Filipacchi », volume faisant partie de la collection « La Septième Face du  Dé », dirigée et réalisée par Jean Saucet. Textes de Gérard Xuriguéra, 1974.
_ Comment est née votre vocation de peintre ?
_ Je suis né peintre. Ma vocation est pourtant mystérieuse. Nous trouvons un équilibre dans les régions les plus obscures de notre volonté. Pour des raisons mal définies, je me suis rendu compte dès mon plus jeune âge, que je ne pourrais être autre chose qu’un créateur, peintre ou poète. J’ai étudié le droit romain car ma famille voulait faire de moi un avocat, mais je n’étais pas intéressé par cette carrière, je ne voulais pas imposer ma volonté ni qu’on m’en impose une.
_ Votre peinture est-elle un témoignage ?
_ Le spectacle tragique de la Guerre d’Espagne, ce conflit sanglant entres frères, m’a profondément touché, plus sur le plan humain que politique. A la suite de cet affrontement, intensément ressenti, j’ai déversé toute l’énergie de mon cerveau à la poursuite d’une vérité et j’ai laissé dans ma peinture une trace de cette douleur.
_ « La vie c’est ce qui meurt », pensez-vous souvent à la mort ?
_ Bien sûr, j’y pense, tout m’intéresse dans le destin de l’homme, mais je préfère rappeler une citation du Prince de Piana : « L’homme est un fruit qui mûrit jusqu’à la mort », et surtout celle de Calderon de La Barca : « La vie est un songe ».